30.10.2008
Ségolène Royal se met au rose à Toulouse
Même en territoire ennemi, Ségolène Royal fait un tabac auprès des militants socialistes. Comme hier soir à Toulouse, fief delanoïste, loin des tractations du parti, elle a donné un cours qui aurait pu s'appeler " La crise expliquée à ma fille ".
La crise économique, les menaces de Michel Rocard qui promet de quitter le parti si elle en prend la tête, l'éventualité d'un front « tout sauf Ségolène » à la veille du congrès de Reims… Rien, vraiment rien ne pouvait entamer la sérénité affichée par Ségolène Royal hier soir à Toulouse. Alors qu'à Paris les états-majors socialistes mettent au point les dernières tractations d'avant congrès, elle a choisi de prendre le large… « Quand je parle aux Français, je parle aux militants. Je n'ai pas de commentaire à faire sur le parti. Je ne crains rien, je trace mon chemin », assure l'ex-candidate à la présidentielle, persuadée qu'avoir mis « au frigidaire » sa candidature à la succession de François Hollande a permis de « faire baisser la pression et d'arrêter la guerre des chefs ».
L'avocat de Sarko voulait qu'elle dépose plainte contre le fabricant de poupées vaudou
Face aux journalistes, c'est sur Nicolas Sarkozy qu'elle concentre ses tirs : « Quand un pouvoir en place commence à pourchasser les caricaturistes, c'est mauvais signe », explique-t-elle, commentant le procès des poupées vaudou. Et de raconter que son avocat a été contacté par celui du chef de l'Etat, Thierry Herzog, afin de l'inciter à déposer plainte à son tour : « J'ai le sens de l'humour, moi. J'ai refusé », confie Ségolène Royal, qui n'avait rien perdu de sa décontraction en arrivant sous la pluie et de nuit à Labège-Innopole, une riante pépinière d'entreprises dévolues aux biotechnologies. Objet de la visite : remonter le moral des chefs d'entreprise secoués par la crise.
La présentation power-point avec stylo laser s'éternise un peu, mais la présidente de Poitou-Charente prend des airs concernés, censés inspirer confiance. Manifestement, son idée de banque publique destinée à garantir le financement des PME ne suscite pas l'enthousiasme des entrepreneurs, qui redoutent « qu'on perde encore du temps, qu'on confie encore les décisions à des gens qui n'y connaissent rien ». Un dirigeant de Ceretis lance « Quand vous êtes innovant, vous êtes généralement le seul à y croire ! ».« Ça c'est vrai ! Ça m'est déjà arrivé ! », répond Royal du tac au tac, avant d'enchaîner sur l'autre objet de la visite : tacler (encore) Nicolas Sarkozy : « Les annonces selon lesquelles les PME sont aidées, selon lesquelles les banques feraient désormais leur travail de prêt, ce n'est pas la réalité ».
Un succès en terre ennemie!
Enfin la candidate file prendre son bain de foule à la réunion publique où l'attendent près de 700 personnes. La preuve, une fois de plus, de sa popularité chez les militants socialistes. D'autant que le département lui est clairement hostile (la fédération est tenue par Kader Harif, l'un des principaux lieutenants de Delanoë) : seulement 4 secrétaires de section sur 120 ont signé sa motion.
Alors que Gérard Collomb (maire de Lyon, premier signataire de la motion) assure la première partie du show, la « prompteuse » de la candidate s'active derrière un paravent. Sans notes, donc, Ségolène Royal, se voulant pédagogue de la crise, démonte le système et s'arrête sur les mots «compliqués» : subprimes, titrisations, hedge funds… Elle ose les questions « que tout le monde se pose » : « Pourquoi l'Etat français ne rentre pas dans le capital des banques ? C'est anormal, parce qu'il veut que le système perdure ». Dans la salle, loin de se sentir infantilisés, les militants sont ravis de ce retour à l'école primaire. « Ceux qui nous dirigent emploient des mots compliqués pour que nous n'ayons pas voix au chapitre. En nous expliquant les choses simplement, elle nous retire nos complexes », se réjouit Camille, une aide-soignante. C'est donc ça, la gauche décomplexée ?
Lu sur Marianne
22:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













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